Lorsque le cannabis récréatif était cultivé par le crime organisé, la question de l’éthique était reléguée aux oubliettes. Cependant, la légalisation du produit change la donne à ce sujet. Qu’est-ce qui peut être considéré comme acceptable pour une compagnie qui œuvre dans l’industrie du cannabis? Pour le moment, les principaux intéressés ne semblent pas s’entendre sur la question.

Des dons problématiques

Déjà, les études financées par les compagnies de tabac ne sont pas acceptées dans les grandes publications scientifiques. Les responsables de ces dernières considèrent que le biais est trop important. C’est particulièrement vrai lorsqu’il est question de santé pulmonaire. Par contre, de telles restrictions ne s’appliquent pas aux producteurs de cannabis. Au Canada, l’University Health Network, l’University of Guelph, l’University of New Brunswick et l’University of British Columbia ont accepté des dons en provenance de l’industrie privée. Dans le même ordre d’idées, la Lung Association-Ontario, un organisme voué à la promotion de la santé pulmonaire, a bénéficié d’un don de la part de l’industrie du cannabis afin de mener à bien une recherche qui porte sur les impacts qu’a la fumée de cannabis sur les poumons.

Cette situation inquiète la docteure Grace Parraga, ainsi que son collègue le docteur David G. McCormack. Selon eux, ces partenariats sont d’autant plus problématiques si l’on considère que les compagnies de tabac investissent depuis quelque temps dans la filière du cannabis. Il s’agit d’une stratégie afin de diversifier leurs activités auprès d’une nouvelle clientèle. Parraga et McCormack rappellent également que les preuves que la fumée est nocive pour les poumons sont désormais irréfutables. De plus, les deux médecins estiment que comme le THC peut aider à dilater les voies respiratoires, il est possible que la fumée de cannabis envahisse encore plus facilement les alvéoles pulmonaires.

Des liens entre les producteurs et les propriétaires de cliniques

Une enquête du National Post a révélé qu’au Canada, une douzaine de cliniques entretiennent des liens financiers avec des producteurs de cannabis. Dans de tels cas, les principaux intéressés parlent d’intégration verticale, une stratégie qui vise à maximiser l’efficacité des cliniques. Par exemple, les cliniques Leaf Wise d’Alberta s’approvisionnent directement auprès des producteurs autorisés par Invictus MD Strategies.

Bien que cette situation soit parfaitement légale, certains estiment que les médecins ne devraient pas être influencés d’une manière ou d’une autre par des intérêts financiers. Le docteur Mel Kahan croit que de tels liens sont inacceptables, voire même répréhensibles. Kahan estime qu’un médecin qui travaille indirectement avec un producteur de cannabis sera incité à prescrire de fortes doses de ce produit. À la base, ce débat n’est pas nouveau. Les représentants de compagnies pharmaceutiques offrent depuis belle lurette des voyages et des repas somptueux à des médecins afin de convaincre ces derniers de prescrire leurs médicaments. Cela dit, comme l’industrie du cannabis est encore jeune, les normes éthiques ne sont pas encore bien définies.

De leur côté, certains représentants de l’industrie privée estiment que les liens qui les unissent aux professionnels de la santé bénéficient aux patients. Michael Nashat, le PDG de Terrascend, explique que les producteurs guident les patients vers des cliniques qui sont spécialisées dans l’usage de cannabis thérapeutique. De cette manière, les patients n’ont pas à faire des recherches compliquées pour trouver un médecin qui saura les accompagner efficacement. De plus, les cliniques affiliées à Terrascend n’imposent pas aux docteurs des producteurs spécifiques. En fait, les patients peuvent choisir la source du cannabis utilisé. Moins de 50% du cannabis prescrit par ces cliniques provient des serres de Terrascend.

Bien que cette façon de procéder soit admirable et facilite effectivement la vie aux patients, il est évident que plus l’industrie du cannabis va se consolider, plus il y aura des règles pour la réguler. Comme les lois qui régissent la consommation de marijuana sont fortement inspirées ce celles qui concernent le tabac, il ne serait pas surprenant que les médecins doivent bientôt suivre un code de conduite spécifiquement adapté à cette substance.

Sources :

TheStar.com

Nationalpost.com

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