Au Canada, le marché noir du cannabis ne se contente pas de survivre. Depuis quelque temps, les revendeurs sont en pleine guerre économique contre les commerçants autorisés. Ces derniers mois, le prix du gramme est en chute libre dans la rue, alors que les sociétés d’État comme la SQDC augmentent leurs tarifs

Du cannabis en rabais

Selon le dernier rapport trimestriel de Statistique Canada, le prix du cannabis est en diminution depuis quelques mois. Pour en parvenir à ces conclusions, 572 consommateurs de cannabis furent sondés. Il ressort de cet exercice volontaire qu’au début de l’année, le prix moyen du gramme illégal était de 6,23$. Dans les trois mois précédant la fin de juin, ce prix a chuté à 5,93$. À l’inverse, le prix moyen du cannabis légal est passé de 10,21$ à 10,65$ pendant la même période. Les statistiques révèlent que 59% des répondants se sont procuré du cannabis auprès de revendeurs. Le tiers d’entre eux l’ont d’ailleurs fait uniquement en raison du prix de la marchandise. Évidemment, cet écart majeur handicape sérieusement la jeune industrie du cannabis.

Une solution drastique

Russell Bennett est le fondateur de la firme Cannabis Law. À ses yeux, la solution est à la fois simple et drastique. Il faudrait accorder des permis de vente aux revendeurs, afin que ces derniers passent du marché noir à l’industrie légale du cannabis.

Pour justifier ce raisonnement, monsieur Bennett explique que la plupart des consommateurs de cannabis sont déjà familiers avec leur revendeur. Souvent, ils se procurent des produits auprès du même individu depuis des années. Il n’est donc pas rare qu’un lien de confiance existe entre le client et le revendeur. Plutôt que de faire la guerre à ces derniers, il pourrait être intéressant d’en faire des partenaires à part entière. Évidemment, cela impliquerait de taxer les produits, mais les revendeurs coopératifs n’auraient plus à s’inquiéter d’être arrêtés pour activités illicites.

De plus, Bennett affirme que les normes imposées par Santé Canada ne sont pas dans l’intérêt des consommateurs. Le ministère canadien permet effectivement l’usage de 96 pesticides différents. Or, nous ne savons pas quels sont les effets à long terme de la consommation de cannabis traité aux pesticides. Ajoutons à cela que les fleurs de cannabis sont systématiquement irradiées. Le but de cette manœuvre est de prévenir l’apparition de champignons. Malheureusement, les rayons utilisés dégradent aussi les terpènes et les cannabinoïdes. Bien que ces mesures soient censées garantir la qualité du cannabis légal, Bennett estime qu’elles nuisent à la qualité du produit. À l’inverse, plusieurs producteurs illicites de cannabis font pousser leurs récoltes en utilisant des méthodes organiques. Ces maîtres de la marijuana sont donc en mesure de produire des récoltes à la fois sécuritaires pour la santé humaine, mais aussi, particulièrement goûteuse aux dires des fumeurs.

Monsieur Bennett suggère donc non seulement de proposer des permis aux revendeurs, mais aussi aux producteurs qui œuvrent toujours dans l’ombre.