Certains experts américains craignent que la prolifération du pollen de chanvre mette en danger les cultures de cannabis. En effet, la fertilisation involontaire des plants femelles pourrait représenter des millions de dollars de pertes un peu partout aux États-Unis. Au Canada, cette problématique est connue depuis longtemps, mais elle risque de gagner en importance au cours de prochaines années.

Une question de biologie

Comme pour la majorité des espèces sur terre, les plants mâles pollinisent les femelles. Dans le cas du cannabis, ce processus est rendu possible par le vent. Ainsi, chaque année, des milliards de grains de pollen sont transportés dans les airs sur un vaste territoire. Il est d’ailleurs estimé qu’un seul plant de chanvre mâle peut produire 350 000 grains de pollen. Le problème est qu’une fois qu’un plant de cannabis femelle est pollinisé, il cesse de sécréter abondamment des cannabinoïdes.

Depuis l’adoption du Farm Bill de 2018 qui légalise la culture du chanvre à la grandeur des États-Unis, la production de cette plante s’est drastiquement intensifiée. Les entrepreneurs qui cultivent cette plante à des fins industrielles ou textiles n’ont pas à se préoccuper du sexe de leurs plants. Malheureusement, si trop de plants mâles sont cultivés, ces derniers risquent de contaminer les cultures des autres agriculteurs de la région lorsque le pollen fera son œuvre. Ceux et celles qui se dédient à la production de cannabis à forte teneur en THC ou en CBD se retrouveront donc avec des plantes complètement inutiles.

Un problème bien connu

Cette problématique a été observée pour la première fois en 1694, lorsqu’un botaniste du nom de Rudolf Jacob Camerer remarqua que le fait de retirer tous les plants mâles de ses cultures ne permettait pas de stopper la pollinisation. Cette pollinisation résiduelle provenait des cultivateurs environnants. Depuis, plusieurs autres recherches ont été menées. Le Canada est d’ailleurs à la fine pointe de la connaissance dans ce domaine, car de notre côté de la frontière, le chanvre industriel est légal depuis 1998. Des études confirment que le pollen généré par les différentes variétés de cannabis est extrêmement volatile. Cette substance peut se disperser facilement sur une distance de 5 kilomètres.

Coopération nécessaire

Dans ce contexte, il devient essentiel que ceux et celles qui travaillent dans l’industrie du cannabis coopèrent ensemble pour éviter de telles contaminations. Si nous prenons l’exemple de l’Oregon, un État ou la culture du chanvre est très vivace, les fermiers ont été autorisés dès 2016 à cultiver des clones de plants femelles pour éviter la prolifération des plants mâles. Malheureusement, cette mesure ne suffit pas à enrayer complètement le problème.

Anndrea Hermann, une experte bien connue dans le monde du chanvre, a confié au magazine Leafly qu’il pourrait devenir nécessaire d’établir des zones dédiées uniquement à la culture du cannabis mâle. Cela dit, elle doute du réalisme de cette mesure. Au Canada, même les simples citoyens seront touchés par cette problématique. Si vous cultivez légalement quelques plants de cannabis à votre domicile, ces derniers pourraient rapidement être pollinisés si un agriculteur de votre région produit du cannabis mâle. Votre cannabis récréatif deviendra alors extrêmement faible, un peu comme le produit qui était sur le marché lors de la période hippie!

Une plante pourtant utile

Dans la perspective de voir nos champs de cannabis être neutralisés par des nuages de pollen, il pourrait être tentant de purement et simplement interdire la production de chanvre mâle. Cela dit, cette mesure nous priverait également des bénéfices uniques de cette plante. Effectivement, il semble que la fibre de chanvre mâle soit particulièrement douce au toucher, encore plus que sa contrepartie femelle. Cette différence est d’ailleurs mentionnée dans un texte de la Chine antique qui date du 16e siècle avant Jésus Christ! Ainsi, le chanvre mâle peut être utilisé pour produire des vêtements d’un confort inégalé.

Des études plus récentes suggèrent que bien de la fibre de chanvre femelle soit plus robuste, le chanvre mâle posséderait une plus grande résistance à la torsion, en plus d’une flexibilité accrue. Ajoutons que les plants mâles contiennent plus de fibre que les femelles, soit 31.5% contre 29.6%. Cet élément est particulièrement important pour les cultivateurs qui désirent maximiser leur production de fibre.

En conclusion, il est évident que cette problématique risque de retenir l’attention lors des prochaines années. Depuis la légalisation du cannabis récréatif, il est difficile de répondre à la forte demande canadienne. Il sera donc nécessaire de cultiver de plus grandes quantités de cette plante. Déjà aux Québec, les installations dédiées à la culture du cannabis se multiplient dans les zones agricoles. Il deviendra rapidement nécessaire de légiférer afin de protéger ces précieuses cultures du pollen mâle qui sera inévitablement transporté par le vent.

D’ici là, la meilleure façon de procéder est encore d’entretenir de bonnes relations avec vos voisins. Il serait effectivement préférable que les producteurs d’une même région décident s’ils veulent se concentrer sur la culture de plants femelles, ou s’ils désirent aller vers une culture mixte.  Les risques de pollinisation indésirée s’en retrouveraient grandement diminués.

Sources :

SensiSeeds.com

420EvaluationsOnline.com

Sematicscholar.org

Leafly.com